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mardi, 13 janvier 2015 17:23

Vivre ensemble : le lycée Hilaire de Chardonnet de Chalon-sur-Saône (71) place la citoyenneté internationale au coeur de son projet d'établissement

Annick Girardin, Secrétaire d'Etat au Développement et à la Francophonie (au centre), Denise Bousquet, enseignante de SES au lycée Hilaire de Chardonnet à Chalon s/Saône (à droite) et les élèves du lycée Hilaire de Chardonnet Annick Girardin, Secrétaire d'Etat au développement et à la Francophonie (au centre), Denise Bousquet, enseignante de SES au lycée Hilaire de Chardonnet à Chalon s/Saône (à droite) et les élèves du lycée Hilaire de Chardonnet Photographie : Charlotte Geoffray
C'est une première en France. Depuis la rentrée scolaire de septembre 2013, le lycée Hilaire de Chardonnet de chalon-sur-saône propose un enseignement d'exploration, à tous les élèves de seconde générale intitulé "Education à la solidarité et à la citoyenneté internationale".
 
Cette nouvelle matière peut aujourd'hui être choisie par les élèves au même titre que les sciences économiques et sociales, une troisième langue vivante ou encore l'option "art du spectacle". Mise en place sous l'impulsion d'une enseignante en Sciences économiques et sociales, également responsable du "Club solidarité et Coopération" du lycée, Denise BOUSQUET, et du Proviseur de l'établissement, François VICARD, cette initiative met en lumière tout l'intérêt pédagogique de la solidarité internationale.
 
"Vous m'avez bluffé !", Annick Girardin, Secrétaire d'Etat au développement et à la Francophonie
 
En novembre 2014, dans le cadre de la Semaine de la solidarité internationale, les élèves de l'option ont accueilli Annick Giradin, Secrétaire d'Etat au développement et à la Francophonie qui a été, selon ses propres termes, "bluffée" par leur dynamisme et leur engagement.
 
Effectivement, après une année scolaire de réflexion sur les interdépendances et les inégalités mondiales ou encore l'interculturalité, les élèves de l'option sont aujourd'hui de tous les engagements à l'échelle locale, mobilisés auprès d'associations de leur ville, Chalon sur Saône, ou au sein de juniors associations qu'ils ont eux même créées.
 
En classe de 1ère, les élèves ont ensuite la possibilité de rejoindre le "Club solidarité et Coopération" du lycée et de participer à des séjours "solidaires" à l'étranger. En ce moment, le "Club So", comme les élèves l'appelle, mène des projets interculturels et d'appui au développement avec des associations burkinabés et nigériennes, en collaboration avec une ONG basée à chalon-sur-saône, l'association APPUIS. Attention, les élèves mettent un point d'honneur a rappeler que l'aide au "développement" va dans les deux sens : nous avons tout autant à apprendre que nos partenaires, puisqu'en découvrant comment le monde fonctionne, nous avons plus de recul pour faire les bons choix ici, en France, et s'engager.
 
L'apprentissage de la vie citoyenne et la pratique du "terrain" est un élément prépondérant de ce nouvel enseignement. Chaque élève doit effectuer des heures de bénévolat au sein d'associations ou d'entreprises locales. A chalon-sur-saône, nombreux sont ceux qui ont aujourd'hui croisé des élèves du lycée Hilaire de Chardonnet et qui ont pu constater leur envie de contribuer au changement social : l'association Emmaüs, la Péniche (salle de concert chalonnaise), King Jouet - lorsque les jeunes animent des opérations "papiers cadeaux" - , les vignerons du chalonnais - lorsque les jeunes participent aux vendanges pour financer leurs séjours à l'étranger...
 
Après une seule année d'expérimentation, le nombre de demandes d'incription à l'option "éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale" a explosé, et est aujourd'hui beaucoup plus important que le nombre de places proposées. Un succès de grande ampleur pour ce lycée classé en zone prioritaire.
 
Un coup de jeune pour la solidarité internationale
 
"Branchés solidaires", le nom de la soirée concert organisée par des jeunes du lycée en 2014, a donné un vrai coup de jeune à la solidarité internationale. Un coup de jeune attendu aussi bien par les bénévoles et les professionels du tissu associatif que par les élus locaux.
 
Participatifs, dynamiques, ludiques et ancrés dans sujets de société, les outils et les méthodes utilisées au sein de cette option sont une belle illustration de la complémentarité entre l'éducation populaire et l'éducation nationale. Lorsqu'elles concourent à la même ambition, elles font émerger des innovations éducatives, comme cette option.
 
En théorie, le Bulletin Officiel de l'éducation nationale invite les enseignants et professeurs à travailler autour de l'éducation à la solidarité internationale dans le cadre de leur programme pédagogique. Mais tous les établissements et tous les enseignants n'ont pas nécessairement les moyens, le temps et la formation pour s'engager dans de tels projets. C'est pourquoi des initiatives se développent partout en France, comme celle - entre autres - de notre réseau, en partenariat avec l'Académie de dijon, qui met en place des formations aux techniques d'animation. Accessibles à tous les enseignants, elles permettent de diffuser des outils permettant d'aborder les enjeux de la citoyenneté mondiale dans chaque matière, même celles qui a priori en sont les plus éloignés, comme l'Education Physique et Sportive par exemple.
 
Il ne faut pas perdre de vue que la citoyenneté internationale se développe à tous les âges, mêmes les plus jeunes. A Bligny sur Ouche, commune rurale de Côte d'Or (21), des instituteurs de maternelle ont mis en pace des activités liées à la vie des Touaregs avec une association de solidarité internationale. En fin d'année, c'est toute la commune qui s'intéressait aux modes de vie des "hommes bleus".
 
Le dimanche 11 janvier, jour de marche en hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo, les élèves du lycée étaient aux premiers rangs. L'occasion d'actualiser cet article que nous vous avions proposé une première fois en octobre 2013, lors de la création de cette option.
 
L'accès à l'éducation et à la culture figurent naturellement comme des réponses majeures aux difficultés rencontrées par notre société. L'éducation à la citoyenneté mondiale, encore peu connue, mobilise aujourd'hui de plus en plus d'organisations et de collectivités territoriales, conscients de la nécessité de permettre aux jeunes générations d'acquérir les outils pour devenir des citoyens ouverts sur le monde, prêts à appréhender sa complexité, et armés pour défendre des valeurs humanistes.
 

 
Pour en savoir plus, nous vous invitons à regarder la vidéo réalisée par le magazine lycéen "Typo" réalisée lors de la venue d'Annick Girardin à Chalon sur Saône.
 
La Secrétaire d'État solidaire, Typo Le Mag, Novembre 2014
 

 
Nous avions également rencontré en septembre 2013, Denise BOUSQUET, l'enseignante responsable de cette option innovante. Voici son interview :
 
Bourgogne coopération : Comment fonctionne cet enseignement ? Quels sont ses objectifs ?
Denise BOUSQUET : Il est proposé 1h30 par semaine, pendant toute l’année scolaire. Les jeunes qui suivent cet enseignement doivent également obtenir un "Passeport bénévole" (nb : mis en place par France Bénévolat) : il devront dédier dix-huit heures de bénévolat auprès d'une association au cours de l'année, ce qui correspond aux heures d'Education Civique Juridique et Sociale (ECJS) que les élèves jeune doivent suivre en seconde. Ces "Passeport bénévole" se veulent permettre aux jeunes de découvrir le monde associatif et de s’y engager de manière concrète.                                                                                                                    
 
"Aider les jeunes à quitter leurs statuts d’élèves citoyens pour devenir citoyens du monde"
 
Plus largement, la mise en place de cet enseignement se veut répondre à un triple objectif : accroître les "compétences citoyennes" des jeunes, c'est à dire les aider à quitter leur statut d’élève citoyen pour devenir « citoyens du monde », apporter une culture humaniste tout en transmettant les connaissances économiques et sociologiques indispensables à la citoyenneté, fournir aux jeunes un cadre facilitant leur engagement politique, associatif.

 

BC : Combien d'élèves cet enseignement concerne t-il ?

DB : Deux groupes de 24 jeunes, soit 48 lycéens. L'enseignement est sera également ouvert très prochainement à quelques jeunes issus de la Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire (ou MLDS, ex MGI, "Mission Générale d'Insertion"), basée au lycée, qui intervient sur l'ensemble bassin chalonnais.

 

BC : Quelles actions vont-ils effectuer ?

DB : En classe, ils vont suivre de nombreux exercices d’éducation au développement tels que le "jeu des chaises", les "porteurs de paroles". Il vont par exemple organiser et participer à l’élection des produits respectant le moins les normes sociales et environnementales en super marché... Dans le cadre des "Passeports bénévoles", il participeront à l’organisation de la Semaine de la solidarité internationale, ils assisteront aux Assises régionales de la solidarité internationale sur le thème des Objectifs du Millénaire pour le développement, au forum Solid'info, ils découvriront le monde associatif qui agit localement et à l’international, comme Artisans du monde, les Restos du cœur, Emmaus... Ils seront bénévoles au sein de ces structures, ce qui permet aux acteurs associatifs de bénéficier de renfort, et constuiront avec eux des projets. Par exemple, certains jeunes participeront à la réalisation d'un défilé de mode sur le thème de la consommation responsable, à la réalisation d'un spectacle sur le thème de l'engagement dans la vie de la cité.

 
BC : Quelles compétences les élèves vont-ils acquérir ?

DB : Elles sont nombreuses. Une meilleure compréhension des processus de développement, une prise de conscience de l’interdépendance des espaces et des groupes, des compétences dans le montage de projets de développement durables, une connaissance du milieu associatif, une capacité d'adaptation et à travailler en groupe...

BC : Cela compte t-il dans la moyenne des élèves ?

DB : Dans le cadre des enseignements d'exploration, nous ne sommes pas tenus de donner des notes aux élèves. Il n'y a pas d’évaluation chiffrée, donc cela ne compte pas dans la moyenne. Il est très difficile d'évaluer de façon chiffrée un travail d'éducation au développement, mais il est prévu en cours d’année des évaluations par compétence. On observera également la prise de nouvelles responsabilités des jeunes dans les projets proposés et leur engagement. En fin d’année, on proposera aux jeunes un questionnaire de bilan sur l’ensemble de la démarche et sur l’impact de l'enseignement sur chacun d'entre eux.

 

BC : Pourquoi le lycée a t-il fait ce choix ?

 
"Les jeunes trouvent rarement le cadre et l'information nécessaire pour s'engager"
 
DB : A l’origine, le lycée a constaté que les jeunes manquent globalement d'une culture "humaniste", qu'ils maîtrisent assez peu les mécanismes socio-économiques et qu'ils devaient acquérir des clés de compréhension du fonctionnement de l’économie mondiale. Par ailleurs, nous avons également constaté que ceux qui désirent "s'engager" ne trouvent que rarement le cadre et l'information nécessaire. Pour tenter de répondre à ces difficultés, cet enseignement va proposer un questionnement sur le sens du développement à travers les différents thèmes du programme de sciences économiques et sociales : le thème de la consommation sera par exemple abordé sous l’angle de l’hyper-consommation. Mise en perspective avec les actions du Club "Coopération et Solidarité" du lycée au Niger et au Burkina-Faso, l’hyperconsommation montre bien en quoi les pays les plus pauvres subissent de plein fouet les conséquences sociales et environnementales du modèle de développement actuel. Il s’agira également d'évoquer le lien entre développement et accès aux droits fondamentaux (éducation, logement, travail, santé).
 
BC : Cet enseignement peut-il être poursuivi après la seconde ? Cela peut-il évoluer ?

DB : Non l’enseignement lui-même ne sera pas poursuivi après la seconde mais les jeunes qui auront découvert des associations menant des projets qui les intéressent ou qui auront envie de poursuivre leur soutien à des initiatives en matière de développement pourront le faire. Les élèves pourront naturellement continuer de participer au Club coopération et solidarité du lycée.

 

BC : Comment s'articule le lien entre cet enseignement et le club "Coopération et Solidarité" du lycée ?

DB : Le contenu de l’enseignement et les activités proposées dans le cadre des "Passeports bénévoles" vont s'appuyer sur l'expérience et le réseau du club "Coopération et Solidarité". Il dispose en effet de nombreux partenaires institutionnels (Conseil régional, Conseil général, Grand Chalon), associatifs (APPUIS, Bolivia Inti, Electriciens sans Frontières, Caméléon, Emmaus, Artisans du monde, Bouge Ta Galère, les Restos du cœur…) et est intégré dans deux collectifs : bourgogne coopération, réseau régional "multi-acteurs", avec qui le rectorat de de l'Académie de dijon a notamment signé une convention de partenariat, et le collectif associatif pour la Semaine de la solidarité internationale du Grand Chalon.

 
Propos recueillis par Benjamin LEGER le 30 septembre 2013
 
Pour plus d'informations
 

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