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lundi, 01 décembre 2014 15:16

Retour sur la journée de formation de l'ABFAH "Humanitaire, militaire, show-biz, entreprise : alliances ou mésalliances ?"

L'Association Bourguignonne pour la Formation à l'Action humanitaire (ABFAH), en partenariat avec le réseau bourgogne coopération, a organisé le vendredi 21 novembre son colloque annuel. Il avait pour thème « humanitaire, militaire, show-biz, entreprise : alliances ou mésalliances ? ». Présidée par Christian Troubé, grand reporter, la journée de l'ABFAH s'est vu gratifiée de l'intervention de la Secrétaire d’État au développement et à la Francophonie.

 

La journée s'est déroulée autour de quatre tables rondes et de l'intervention d'Annick Girardin. Après un court exposé, la Secrétaire d'Etat a su répondre aux questions posées et être à l'écoute des revendications, remarques ou simples commentaires des participants.

Mme Sladana Zivkovic, adjointe au maire déléguée aux relations internationales et aux relations extérieures à la ville de dijon et Blandine Morant, Présidente de l'ABFAH ont introduit la journée en abordant la notion de citoyenneté mondiale replacée dans le contexte des objectifs pour le développement durable (ODD).

L'aide au développement et l'humanitaire voient leurs besoins augmenter, tandis que les aides publiques ont tendance à s’amenuiser (elles représentent aujourd'hui environ 30% des finances totales). Le secteur est donc à la recherche de nouveaux partenaires volontaires pour s'engager financièrement mais également sur le terrain. Parmi ces nouveaux acteurs, les entreprises, les forces armées et le monde du « show-biz », ont tour à tour été explorés par les intervenants.

 

 

Première intervention : "Humanitaire et militaire", par le Lieutenant-Colonel Sevaistre

Lieutenant-colonel D. Sevaistre

Source : lyonpeople

Le Lieutenant-Colonel Sevaistre, spécialisé dans les actions civilo - militaires (ACM), a animé cette première thématique. Le Lieutenant-Colonel a tout d'abord exposé la vision de l'humanitaire par les militaires, une représentation critique des différentes ONG qui « veulent tout et rien dire » selon le gradé.

Le Lieutenant-Colonel Sevaistre a très largement insisté sur la notion « d'espace humanitaire », c'est-à-dire l'espace sécurisé par les forces armées et dans lequel les forces humanitaires peuvent et doivent agir selon lui. L'intervention des acteurs humanitaires serait-elle conditionnée à la sécurisation d'un territoire par les forces armées ?

La sécurisation d'un territoire passerait alors notamment par la communication et la coordination des acteurs. Mais cette affirmation est sujette à controverses. Si ces territoires permettraient aux acteurs humanitaires d'effectuer leurs missions en toute sécurité, ils posent également de nombreuses interrogations concernant la neutralité des acteurs humanitaires. Restreindre l'action des organismes humanitaires dans un espace sécurisé par des formes armées, mandatées par un État, et ainsi, par une politique, ne revient-il pas à introduire une certaine forme de subjectivité des humanitaires ?

En effet, la politique dicte aux acteurs militaires un « EFR » ou « Effet Final Recherché », ainsi que les moyens (notamment financiers et humains) pour l'atteindre. Dès lors, et même si l'action choisie pour y parvenir est strictement militaire, on ne peut nier une certaine coloration politique à cet effet final.

En outre, les acteurs humanitaires, parfois présents depuis plus longtemps sur le territoire, doivent-ils fournir les données et informations dont ils sont en possessions aux forces armées afin que celles-ci sécurisent un espace au risque d'être encore une fois accusé de partialité et d'être exposé à plus de risques ?

Toutefois, les acteurs humanitaires et leurs bénéficiaires ont perdu leur statut particulier qui les excluait des conflits. De fait, les conflits actuels rendent difficile l'application du principe de distinction propre au droit des conflits qui impose aux belligérants de faire en tout temps la distinction entre la population civile et les combattants ainsi qu’entre les biens civils et les objectifs militaires.

Face au bouleversement de ce paradigme, la place et la méthode de travail des organismes humanitaires, notamment leur coordination avec les forces militaires, doit être repensée. Mais il paraît primordial que les acteurs humanitaires, s'ils souhaitent regagner la neutralité et l'impartialité dont ils bénéficiaient, ne deviennent pas des agences de renseignements auprès des forces armées.

 

 

Deuxième intervention : "humanitaire et entreprises", par Patrick Luccioni.

   Patrick Luccioni, responsable du programme EDF Help, de la Fondation EDF a pris la parole pour cette deuxième table-ronde

Dans les années 1990, entreprises et humanitaire s'ignoraient. Aujourd'hui, les organismes humanitaires, faute de subventions publiques suffisantes, doivent trouver de nouveaux financements et appuis. Concomitamment, les entreprises, embourbées dans les scandales environnementaux, sanitaires, économiques ou sociaux, redorent leur image grâce à leurs investissements dans des causes sociales. Patrick Luccioni n'a pas manqué de rappeler que cet engagement est toutefois, dans le cas d'EDF, libre et volontaire et fondé sur une sensibilité philanthropique accrue face aux besoins croissants des populations des pays du sud.

Parallèlement, l'humanitaire s'est progressivement professionnalisé, son besoin en techniciens s'est donc accru. Les entreprises y ont vu une opportunité pour développer des partenariats à travers le mécénat de compétence et de formation. Pourtant, le responsable du programme EDF Help se défend d'une politique de « sponsorisation » à des fins uniquement marketing. Selon lui, ces entreprises engagées valorisent avant tout l'image d'une entreprises citoyenne et responsable.

Concernant EDF, l'engagement est visible ne serait-ce qu'au niveau des salariés, dont 45% d'entre eux sont membres, à titre personnel, d'une association. Expérience formatrice, possibilité de voir sa carrière évoluer, engagement renforcé, sont autant de bénéfices accessibles au salarié. A travers les congés solidaires par exemple, ce sont les individus et non pas l'entreprise, qui sont valorisés. Enfin, ces projets humanitaires peuvent également constituer une porte d'entrée à l'engagement de ces salariés non membres d'une association, grâce au cadre rassurant proposé par leur entreprise.

Patrick Luccioni défend, à grand renfort d'infographies alimentée de chiffres marquants (40 millions de budget pour la période 2012-2015, 150 projets réalisés par an, etc.), les nombreux projets de la Fondation EDF. A travers le développement de l'accès à l'électricité, c'est la santé qui se voit améliorée (alimentation des hôpitaux, stérilisation possibles des instruments, éclairage adéquates, conservation de vaccins ou encore fonctionnement de pompes à eau), mais également la sécurité des individus (notamment par l'éclairage des rues).

Quelle forme la coopération entre le champ entrepreneurial et humanitaire pourrait ou devrait-elle adopter ? Financer des infrastructures et former des techniciens sur place, sous couvert d'une intention louable et humaniste, n'est-il pas un moyen de s'assurer une place de choix dans les cœurs et sur le terrain dans un nouveau marché au potentiel considérable ?

Néanmoins, compte tenu des difficultés financières et des besoins des bénéficiaires, le milieu humanitaire et plus largement le milieu associatif doit-il considérer les acteurs économiques comme des simples mannes financières ou doit-il en faire des partenaires à part entière ? Afin de contrebalancer une logique entrepreneuriale, une coopération humanitaire-entreprise est-elle la solution ? Qu'en est-il des entreprises plus modestes ? Peuvent-elles aussi facilement s'engager à l'étranger ? Enfin, les PME ont-elles, elles aussi, leur place dans cette relation entreprises-humanitaire ?

Entre marketing, amélioration de l'image de marque, investissement à long terme, conquête de nouveaux marchés ou engagement purement citoyen, il est difficile de distinguer les buts inavoués des préoccupations affichées des initiatives de ces entreprises.

 

Troisième intervention : "Humanitaire et show-biz", par Christian Troubé.

 

 A. Girardin, secrétaire d'Etat, et C. Troubé.  

Le Président de la journée, Christian Troubé, grand reporter, a par la suite évoqué les relations ambiguës entre humanitaire et monde du show-biz. Il a introduit son exposé par un exemple concret de l'ancienneté de la relation humanitaire-célébrités : le peintre Eugène Delacroix mobilisé lors du Salon des peintres, afin de réaliser sa toile « Massacre sur l'île de Scio ». Il s'agit bien d'une commande humanitaire, achetée par Charles X, afin de soutenir les grecs dans leur guerre d'indépendance. Cette création, ainsi que son achat, témoignent d'un acte politique et d'un engagement au profit d'une cause que l'on peut considérer comme une préfiguration aux alliances entre humanitaires et artistes.

Au XXème siècle, c'est le groupe Band Aid et son concert pour venir en aide aux victime de la famine en Ethiopie de 1985 qui ont lancé la « mode » des initiatives d'artistes en faveur de causes humanitaires. La même année et pour le même but, est né le projet « chanteurs sans frontières ».

Puis, toujours en 1985, les Restos du Cœur créés par Coluche, souhaitent venir en aide aux populations défavorisées en France.Dix ans après le premier choc pétrolier, ces regroupements d'artistes constituent une véritable prise de conscience des besoins des populations explique Christian Troubé. Les concerts et disques trouvent leurs publics, et le succès de ces initiatives est considérable. Les millions d'albums vendus s'expliquent notamment par l'essor des maisons de disque. Pourtant, poursuit Christian Troubé, la nouvelle génération d'artistes répugne à s'engager et à militer pour des causes clivantes.

Aujourd'hui, ce sont surtout des causes fédératrices et policées qui attirent les artistes et autres célébrités. Loin de prendre position sur des sujets polémiques, cette génération s'engage avec moins d'intensité et avec plus de discrétion. Parallèlement, les catastrophes naturelles sont les causes les plus fédératrices de l'humanitaire pour les artistes. Elles présentent deux avantages, elles sont ponctuelles et localisées, et suscitent une forte charge émotionnelle.

Face au phénomène actuel de « peoplisation », les organismes humanitaires deviennent plus réticent à l'idée d'être sponsorisés par une célébrité. Ces dernières ayant aujourd'hui une durée de vie limitée -en tant que « people », les ONG souhaitent être parrainées par des figures dont la carrière est confirmée et dont l'image est solide. C'est le cas pour Unicef, qui sélectionne des portes-paroles qui ont déjà fait preuve d'engagement par eux-mêmes, qui seront par la suite formés par l'ONG. Ainsi, célébrités et organismes gagnent en crédibilité.

Tout comme pour les entreprises, les célébrités sont devenues des marques : un nom associé à une ONG permet-il de valoriser l'artiste ou l'ONG elle-même ? Malgré les intervention sur ces thèmes, une question demeure : ces artistes servent-ils une cause ou se servent-ils d'une cause pour leur propre image ? Peut-on alors parler de « marketing humanitaire » ?

 

 

Intervention d'Annick Girardin, Secrétaire d’État au développement et à la Francophonie

 

 

En clôture de son tour de France lors de la Semaine de la solidarité internationale, la Secrétaire d’État au développement et à la francophonie a pris la parole lors de cette journée.

Lors de son intervention au colloque de l'ABFAH, Annick Girardin a rappelé les deux grands chantiers de l'année 2015 : les Objectifs pour le développement durable (ODD) et la Cop21 (la France sera l'hôte de la 21ème conférence climat en 2015 pendant laquelle seront pris les engagement pour 2020, faisant suite au protocole de Kyoto). Le but de ces travaux est de conjuguer lutte contre la pauvreté et lutte contre le réchauffement climatique. L’État se doit d'intervenir à travers trois actions par rapport à l'aide pour le développement : réguler, fédérer, inciter. Pourtant, précise la Secrétaire d’État, l'aide publique au développement ne pourrait suffire à relever tous les défis, et cela même si son budget était multiplié par dix.

A cet égard, elle a rappelé l'importance des partenariats et des coopérations indispensables pour atteindre ces objectifs. Tous les acteurs doivent se mobiliser, notamment les entreprises selon la secrétaire d’État. Un travail de fond et d'éducation doit également être mis en place afin de réduire la confusion régnant entre humanitaire et aide au développement. Parmi les pistes de réflexions à explorer, l'éducation à la citoyenneté mondiale occupe une place centrale.

 

 

Quatrième table-ronde : "Le point de vue des bénéficiaires : comment s’y retrouvent-ils ?", par Thomas Ribemont

 

Source : Action contre la Faim

Thomas Ribemont, administrateur d'Action Contre la Faim, a conclu cette journée de formation par une dernière table-ronde axée sur les bénéficiaires et non sur les acteurs de l'aide humanitaire. Ce changement de perspective a permis une vision d'ensemble des problématiques humanitaires.

Avec le tournant du New Public Management (lié au volte-face du néolibéralisme), la question de la rationalisation de l'action publique ainsi que de l'aide humanitaire s'est vue posée. Les finances des ONG étant liées aux aides publiques et compte-tenu des difficultés financières auxquelles les États font face, l'idée de connaître les résultats des actions a émergé. Les bailleurs de fonds, publics ou privés, demandent désormais des réponses au cahier des charges proposé. Bien plus qu'une perspective qualitative, cet élément introduit une contrainte quantitative.

Parmi les critères quantitatifs, les bénéficiaires se trouvent au centre des préoccupations. Mais qui et comment les prendre en compte ?

L'étude quantitative des bénéficiaires permet la création de statistiques, outils de l'aide humanitaire. Pourtant nous explique Thomas Ribemont, si les statistiques de bénéficiaires sont faibles dans une région, peu ou pas d'interventions vont y avoir lieu. On confond alors ici bénéficiaires réels et bénéficiaires potentiels. Ces chiffres ne prouvent pas qu'il n'y a pas de bénéficiaires à atteindre mais bien qu'il existe peu d'actions qui, par conséquent, touchent peu d'individus dans ces territoires.

En introduisant quelques notions de sociologie du développement dans ses propos, Thomas Ribemont a su intéresser son public et apporter un questionnement supplémentaire à son exposé.

 

 

La journée annuelle de formation de l'ABFAH a une nouvelle fois intéressé son auditoire par des interventions dynamiques et pertinentes. Pour un public non initié ou non spécialiste, les tables rondes présentées constituent une approche complète et globale des problématiques actuelles des acteurs de l'humanitaire.

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